Panier garni du samedi 22 mars - dimanche 23 mars OCULI
- Paroisse Protestante
- 22 mars
- 11 min de lecture
3ème du Dimanche du Carême Oculi
Samedi 22 mars 2025, 17h30

Accueil : Au nom de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, soyez les bienvenus à ce culte du 3ème dimanche du temps du Carême, célébré déjà en ce samedi soir.
Le temps du Carême, un temps de dépouillement et de retour en soi, de méditation et de silence. Nous sommes à la moitié du chemin…
Le thème du dimanche Oculi nous invite à « Suivre le Christ », à nous mettre en route avec lui, pleinement, résolument. Car, le mot d’ordre nous le rappelle : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu » Luc 9, 62
Après les thèmes de la tentation ( 1er du Carême), du slogan autour de l’amour de Dieu pour le monde en Jésus ( 2ème du Carême), voilà le moment de méditer sur la fidélité et ce qu’est être disciple. Amen.
CHANT : Te ressembler Jésus Rec Alléluia 44-12, 1-3
Psaume 34 : P : Je me tourne vers toi, Seigneur ; mon Dieu, je me fie à toi, ne me laisse pas déçu.
A : Fais-mois la grâce de te tourner vers moi, Seigneur, car je suis seul et misérable.
P : Soulage mon cœur de ses angoisses et retire-moi de la détresse
A : Je me tourne vers toi, Seigneur ; mon Dieu, je me fie à toi, ne me laisse pas déçu.
Répons : Je me confie en toi AEC 154, 1+2 strophes
Pénitence :
On me dit de te suivre Seigneur, mais sur quels chemins ? //
Te suivre, Seigneur, la croix m'en indique le sens et m'en redit le chemin !
Et quand je réfléchis à ton chemin sur terre, avec toutes les fois où tu as été seul, abandonné, trahi, j'hésite à vouloir te suivre, car je prends peur, tout simplement.
Ce chemin là est dur, il y a de la souffrance, la mort est au rendez-vous!
Tout va trop loin ! Jamais je ne pourrais tenir le rythme,
Jamais je ne pourrais et ne voudrais aller aussi loin : souffrir n'est pas dans mes cordes.
Se dépouiller et tout donner ? Moi qui ai toujours peur de n'en avoir pas assez ?
Aller jusqu’à mourir pour les autres? N'est-ce pas un peu trop fort ? //
Pour te suivre, Seigneur, je me sens bien trop petit,
Je me sens bien trop faible, Je me sens bien trop lâche.
Courte pause
Mais j'aimerai tant te suivre, Seigneur
Car je crois que ce n'est que sur ce chemin-là, à ta suite, que ma vie prend tout son sens et reçoit son goût d'éternité. Mes chemins d’homme m’emmènent souvent dans des impasses, et la déception, l’amertume, la fatigue sont au rendez-vous.
C'est pourquoi, avec mes sœurs et mes frères, Je veux te prier :
Apprends-moi à tenir bon malgré mes limites et les épreuves que j’inflige et qu’on m’inflige.
Seigneur, pour toutes les fois où j'ai eu envie de ne plus te suivre, prends pitié de moi !
Répons : Quand le soir descend strophe 1 et prends pitié de moi strophe 2
(mélodie Kymbaya AEC 609, 2x )
Annonce de la grâce
Suivre le Christ, ce n'est jamais marcher seul. C'est marcher avec lui. Il est notre compagnon de route. Quand tout le monde est parti, il n’y en a qu’un qui reste : c’est Lui !
Il nous précède ; il nous ouvre le chemin ; il nous conduit au Père, comme il nous l'a promis lorsqu'il a dit :
"Je suis le chemin, la vérité et la vie ;
Personne ne vient au Père sinon par moi.
Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande"
Répons : L'amour du Seigneur est lumière Rec Alléluia 48-09, strophe 4
Prière avant la lecture biblique : Ferme ton parapluie, mon frère
Ferme ton parapluie, mon frère, la prière n'est pas un parapluie ; Dieu ne vend pas de parapluie, il aime trop le vent ! J'avais peur de me mouiller, je me croyais à l'abri sous ma prière parapluie ; mais tu m'as éclaboussé par dessous, Seigneur ; la rafale est venue de côté, et le parapluie troussé ! J'avais cru sous le parapluie, que tu te tenais toi aussi, toi le maître de l'Esprit ... Un p'tit coin d'parapluie, un p'tit coin de paradis, c'était ma chanson....... J'ai ouvert les yeux, personne sous le parapluie. Personne d'autre que moi, un homme au sec, un homme sec, les doigts crispés sur le manche de la prière parapluie. Viens, maître du vent et de l'Esprit, emporte aux quatre coins du vent mon ridicule parapluie et ma prière paravent ! Toi le Dieu des sans - parapluie, pousse moi dehors, dans le vent, mouille moi, Seigneur. Mais donne-moi en même temps, la joie et la force de ceux que tu trempes de l'Esprit ! Amen.
Lectures bibliques :
1) Lettre du premier livre des Rois, chap 19, versets 1-8 :
19 1 Le roi Achab raconta à Jézabel, sa femme, tout ce qu'Élie avait fait, et comment il avait mis à mort tous les prophètes de Baal. 2 Jézabel envoya alors un messager pour avertir Élie en ces termes : « Si demain à pareille heure je ne t'ai pas traité comme tu as traité ces prophètes, que les dieux m'infligent la plus terrible des punitions ! » 3 Élie prit peur l et s'enfuit pour sauver sa vie. Il se rendit à Berchéba, dans le pays de Juda ; là, il laissa son serviteur, 4 puis il marcha pendant une journée dans le désert, et alla s'asseoir sous un arbuste, un genêt. Il souhaitait mourir et dit : « Maintenant, Seigneur, j'en ai assez ! Reprends ma vie, car je ne vaux pas mieux que mes ancêtres. » 5 Puis il se coucha et s'endormit sous le genêt ; mais un ange vint le toucher et lui dit : « Lève-toi et mange. » 6 Et il vit en effet près de lui une de ces galettes, que l'on cuit sur des pierres chauffées, et un pot d'eau. Après avoir mangé et bu, il se recoucha ; 7 mais l'ange du Seigneur revint le toucher et lui dit : « Lève-toi et mange, car tu devras faire un très long voyage. » 8 Élie se leva donc pour manger et boire, puis avec les forces trouvées dans ce repas, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à l'Horeb, la montagne de Dieu.
Pas de répons après la première lecture !!
2) Evangile de Luc chap.9, versets 57-62 :
57 Ils étaient en chemin, lorsqu'un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. » 58 Jésus lui dit : « Les renards ont des terriers et les oiseaux ont des nids, mais le Fils de l'homme n'a pas un endroit où il puisse se coucher et se reposer. »
59 Il dit à un autre homme : « Suis-moi. » Mais l'homme dit : « Maître, permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père. » 60 Jésus lui répondit : « Laisse les morts enterrer leurs morts ; et toi, va annoncer le Royaume de Dieu. »
61 Un autre homme encore dit : « Je te suivrai, Maître, mais permets-moi d'aller d'abord dire adieu à ma famille. » 62 Jésus lui déclara : « Celui qui se met à labourer puis regarde en arrière n'est d'aucune utilité pour le Royaume de Dieu. »
Répons : Louange à toi ô Christ
CHANT : Venez au sauveur AEC 409, 1-3
Message
OCULI 2025 Jérémie 20, 7-11a

En ce samedi soir, beaucoup de postes de police ont déjà baissé leur rideau de fer et sont fermés : pour déposer plainte, heureusement que notre église est restée ouverte pour recevoir celle de Jérémie.
Lui, le porte-parole de Dieu, jugé comme traître par les siens, lui qui vient d’être mis au pilori au sens premier du terme, après avoir été copieusement giflé par le prêtre inspecteur chef du Temple ! Quelle belle époque !
Mais écoutons donc la plainte de notre prophète : lecture Jérémie 20
A la lecture de cette complainte, on pourrait ironiser en disant qu’il vaut mieux ne pas s’engager en Eglise !
Retraité, un peu de temps libre, vous vous ennuyez, un p’tit créneau de bénévolat pour vous sentir encore utile ? Super ! Mais évitez l’Église.
Jeune parent, vous voulez donner du sens à votre progéniture qui est juste en quête d’écran, télé, console de jeu… Super ! Mais ne l’inscrivez surtout pas au Club du dimanche ou au catéchisme. Encore une fois, évitez l’Église !
C’est en substance ce que semble dire le pauvre Jérémie, lui, fatigué, usé par les comportements de ses coreligionnaires. Usé tout simplement par la vie, par les réalités qu’il a connues ! Né en Israël, connaissant l’occupation assyrienne puis les destructions babyloniennes, il essaye de faire entendre la voix divine au milieu des ruines et souvenirs nostalgiques des glorieux passés, qui ne sont plus !
A l’image de ceux qui naissent dans les conflits en Palestine, Ukraine, Congo, peut-être bientôt en vieille Europe qui se réarme, la vie de Jérémie n’a connu aucun moment de paix. Rien qu’une succession de crises, d’échecs, de portes closes. Même sans guerre physique, combien sont ceux qui se reconnaîtront devant une vie vécue par procuration, faite de mauvais choix, de renoncements, de déceptions…
Pourtant, le pauvre Jérémie n’avait rien demandé. Surtout pas de se retrouver prophète. Dieu l’avait appelé même déjà dans le ventre de sa mère, nous confie-t-il dès le début de son livre. Un abus divin, en quelque sorte, qui s’est poursuivi devenant adulte, et même maintenant encore.
Nul n’est prophète en son pays nous dit l’expression ! Mais dans un pays ravagé par la guerre, la souffrance, on l’est évidemment encore moins ! Dur, dur d’être bébé, chantait Jordy dans les années 90’… Dur, dur d’être prophète, braille Jérémie !
Le Nouveau Testament, avec la figure de Jésus, nous fera dire que c’est effectivement mission impossible. Etre un lanceur d’alerte auprès d’un peuple et de ses représentants aussi sourds que des murs. A l’époque, il n’y avait pas encore Médiapart ou d’autres canaux pour nous alerter. Mais les écoute-t-on ? Trop d'infos tue l'info? On marche contre le racisme, noble cause, évincée pour beaucoup par la polémique LFI - affiche HANNOUNA!
Mais cessons toutefois les jérémiades, mot formé en "hommage" à notre Jérémie, surnommé le prophète pleurant. Car oui, c’était bien à une mission impossible qu’il était appelé. Il aurait été assassiné en Egypte, mais cela la Bible ne le corrobore pas. Triste fin !
Ce n’est sans doute pas un hasard de trouver en ce 3ème dimanche du Carême l’idée du rejet, de l’incompréhension de celui qui parle au nom de Dieu.
On saisira bien sûr le parallèle entre la vie de Jérémie et de Jésus. Choisis déjà à l’état d’embryon, conçu du Saint-Esprit, prêchant dans le désert car les cœurs et les oreilles restaient désespérément fermés, obtus !
L’un mis au pilori, condamné et giflé par un chef du Temple…
L’autre trahi par un des siens, condamné par le Sanhédrin, peine validée par l’occupant romain, et mis sur une croix.
Les mots de Jérémie peuvent faire penser au vocabulaire de la crise conjugale, tel un couple en pleine dispute de rupture : « tu m’as bien séduit, forcé la main , maintenant j’appelle au secours, tes amis disent du mal de moi, même les miens semblent pencher de ton côté ! » .
Des mots très forts. Violents même !
Un peu plus loin que notre passage de ce soir, Jérémie dira même : « Maudit soit le jour où je suis né ! Le jour où ma mère m’a mis au monde, qu’il ne soit pas béni ! Maudit soit l’homme qui porta cette nouvelle à mon père : Il t’est né un enfant mâle, Et qui le combla de joie ! Que cet homme soit comme les villes que l’Éternel a détruites sans miséricorde ! Qu’il entende des gémissements le matin, Et des cris de guerre à midi ! Que ne m’a-t-on fait mourir dans le sein de ma mère ! Que ne m’a-t-elle servi de tombeau ! Que n’est-elle resté eéternellement enceinte ! Pourquoi suis-je sorti du sein maternel ? Pour voir la souffrance et la douleur »
Avis aux dépressifs et autres fatigués de la vie, de toute sorte : oui, la Bible est humaine, incarnée, elle touche à nos expériences, à nos tripes, à nos réalités ! Même si un prophète de Dieu parle ainsi, à quel saint se confier ?
Après l’abus divin, la séduction, la duperie, même le « viol » si on prend le mot hébreu, Jérémie se plaint du temps difficile de l’ « atterrissage », du retour sur terre, après le temps béni des débuts de l’amourette.
L’amour rend aveugle, le mariage redonne la vue, dit-on parfois de manière imagée. Même avec Dieu apparemment, si on croit Jérémie !
Chers amis, ce vieux texte est empli de passion.
Nous-même, peuple chrétien sommes en route vers la Passion.
Passion à la fois comme quelque chose de beau, de fort, de puissant ; mais aussi dans le sens de ce qui fait mal, la douleur, la souffrance. La passion, c’est pâtir !
Notre bon vieil ami, Martin Luther, témoignait aussi d’un piège semblable :
« Si j’avais su au début, quand j’ai commencé d’écrire, ce que j’ai maintenant éprouvé et vu, à savoir à quel point les gens haïssent la Parole de Dieu et s’y opposent aussi violemment, je m’en serais tenu en vérité au silence. (…) Mais Dieu m’a poussé de l’avant comme une mule à qui l’on aurait bandé les yeux pour qu’elle ne voie pas ceux qui accourent contre elle. (…) C’est ainsi que j’ai été poussé en dépit de moi au ministère d’enseignement et de prédication ; mais si j’avais su ce que je sais maintenant, c’est à peine si dix chevaux auraient pu m’y pousser. C’est ainsi que se plaignent aussi Moïse et Jérémie d’avoir été trompés ».
Luther, Propos de table (cité par Volz dans son commentaire, p. 208).
Luther, Moïse, Jérémie, tous y sont allés contre leur gré.
Ils avaient de qui tenir : « Heureux serez-vous lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on répandra sur vous toute sorte de mal à cause de moi ».
Voilà ce que déclare Jésus dans la fin des Béatitudes, dans le sermon sur la montagne.
Les boomers se souviennent que Guy Béart chantait : « Le premier qui dit la vérité, Il doit être exécuté ».
Est-ce qu’au catéchisme on nous a présenté un Dieu de cette nature ?
Peut-être par l’entremise de quelques héros : les saints protestants que furent Martin Luther King, Marie Durand et autres Bonhoeffer, aux vies passionnantes aux deux sens du terme.
Chers amis, ce samedi, nous avons reçu une parole vive, brûlante loin de la parole habituellement mesurée, bien-pensante, politiquement correcte.
A l’image de Guy Béart et de son « le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté », Jérémie a crié sa plainte.
« Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le
royaume de Dieu » disait Jésus. C’est notre mot d’ordre pour la semaine.
C’est peut-être ce que nous rappelle Jérémie.
Le prophète a conservé son caractère sauvage, indomptable.
L’homme qu’on ne pouvait pas faire taire.
Recevons alors sa plainte, et déposons-là au pied de la croix. De celle de son successeur, un autre homme dont on voulut faire taire la parole et celle des disciples, et qui dira alors : « Je vous le dis, si ceux-ci se taisent, les pierres crieront ! »
AMEN
CHANT : Touche nos oreilles AEC 229, 1-3
Prière d’intercession : Seigneur Jésus, tu nous appelles à te suivre, aussi sur le chemin qui passe par la croix. Tu sais combien nous sommes hésitants à te suivre sur ce chemin-là. Nous ne voulons pas souffrir, nous avons peur de la mort, la mort de nos relations, le vieillissement de notre corps, la mort de nos illusions...
Seigneur donne-nous encore cette certitude que le chemin ne s’arrête pas au Golgotha, avec la trahison et la violence, mais qu’il nous conduit au matin de Pâques ; dans la lumière de ta résurrection.
Ce dimanche nous a parlé du regard : Oculi. Que notre regard ne se détourne pas des théâtres de conflits : la 3ème année de guerre a débuté en Ukraine, l’Europe se réarme…
Aide-nous donc à déjà porter notre regard sur le Christ, messager de la Bonne Nouvelle, porteur de lumière, de vie et de fraternité.
Seigneur, sois avec chacun et chacune de nous et fais-nous grandir dans la foi, l’espérance et l’amour. Amen et ensemble, nous te disons : Notre Père
CHANT : Que la Grâce de Dieu soit sur toi AEC 882
Bénédiction l
Postlude
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